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lundi 3 février 2020

Borges et Manguel, encore

[…] il se disait lecteur avant tout et c’étaient les livres des autres qu’il voulait autour de lui. "On lit ce qu’on aime, disait-il, tandis qu’on n’écrit pas ce qu’on aimerait écrire, mais ce qu’on est capable d’écrire." 
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Même lorsqu’il lisait des livres traitant de religion ou de philosophie, ce qui l’intéressait, c’était la voix littéraire qui, pour Borges, devait toujours être individuelle, jamais nationale, jamais celle d’un groupe ou d’une école de pensée. Il rappelait Valéry, qui aspirait à une littérature sans dates, sans noms, sans nationalités, dans laquelle tous les écrits seraient perçus comme des créations d’un même esprit, l’Esprit saint. "À l’université, on n’étudie pas la littérature, protestait-il. On étudie l’histoire de la littérature."
Chez Borges. Alberto Manguel

vendredi 24 janvier 2020

Alberto Manguel et son Chez Borges


On sait que Borges était aveugle. Comme Bach, Haendel, Monet, Lennie Tristano et tant d'autres. Souffrant de cécité dès la trentaine, il perdait complètement la vue vers la mi-cinquantaine (il est mort en 1986, à 86 ans).  On sait aussi que plusieurs personnes lui ont fait la lecture (dont Alberto Manguel), à son appartement de Buenos Aires qu’il partageait avec sa mère. Du bref récit-essai Chez Borges, le lecteur en tirera des considérations amusantes et essentielles sur l’art borgesien : sa fascination pour le miroir, le labyrinthe, sa timidité dont la revanche fut, la maturité acquise, une aisance superbe en entrevue et lors des nombreuses conférences qu’il donna dans le monde. 
Que vous soyez un lecteur lent ou rapide (ou mi-lent, mi-rapide comme moi), Chez Borges se lit en une heure ou moins. Néanmoins, il suivra le lecteur après l’avoir refermé par son illustration nette et clairsemée de la vie d’un homme dont l'existence, sans être publique a fortiori, irradiait le monde comme le contre-jour, moins au service des livres que de l’imagination, des gens que des rencontres, des mots que du rêve. Entre deux airs de milongas, Manguel note : « Son univers était entièrement verbal; musique, couleurs et formes n’y entraient guère. » 

J’ai lu Fictions il y a plusieurs années. Aujourd’hui me prend l’envie de le relire, deux fois plutôt qu’une : en français d'abord, puis en espagnol, dans mon édition en grand format coincée dans ma bibliothèque entre Cervantes, Bolaño et Isabel Allende.
Plus que tout, j’aime Borges parce qu’il est libre. Bon, assez dit, je m’en vais me coucher, mais pas avant d’avoir partagé une dernière perle : « Je ne prenais pas de notes parce que, ces soirs-là, je me sentais trop comblé. »

lundi 29 avril 2019

Siri Hustvedt, Milan Kundera ou le printemps en éveil

Ces dernières semaines, mon besoin de lire surplombe — peut-être plus que jamais — mes ambitions professionnelles et créatrices, ensemble et séparément. Depuis quelques jours, Siri Hustvedt est ma meilleure amie. Sa manière de dire est loin de tout tapage et de toute provocation, ce qui constitue un tour de force en ces temps où nombreux sont ceux qui croient qu'ils seront mieux entendus s'ils font plus de bruit. Plus proche de la Terre, de notre quotidien et de nos projets, la pensée de l'auteure  devient naturellement accessible. Sa réflexion, plus diurne que nocturne, exhorte l'action plus que la contemplation (et c'est loin d'être un reproche). Comme Chopin, Mozart et peut-être aussi Virginia Woolf, Hustvedt ne saurait — même en s'y appliquant — faire dans la vulgarité. 



Kundera fait également partie de mes lectures récentes (L'art du roman, Les testaments trahis). Bien que souvent brillant, il me fatigue par un certain narcissisme paré à une idéologie politique à la sauce révolutionnaire. Ce n’est pas un mauvais bougre, mais il fait partie de ces hommes dont le caractère et l'humour travaillent au détriment parfois de la littérature... et de la Femme. Sa pensée, elle aussi, s'apparente plus au jour qu'à la nuit.



Plaidoyer pour Eros (Babel, Actes Sud) 

Siri Hustvedt 

Les testaments trahis, L'art du roman (Folio, Gallimard) 

Milan Kundera

lundi 24 décembre 2018

Lire Nancy Huston

L'espèce fabulatrice est mon essai 
préféré de l'écrivain canadienne
Tout récit historique est fictif dans la mesure où il ne raconte qu'une partie de l'histoire. Seul Dieu pourrait raconter toute l'histoire ; mais Dieu, étant hors temps, ne sait pas raconter.  (p. 88)


Les romanciers suscitent souvent l'incrédulité lorsqu'ils affirment que, pour eux, leurs personnages sont aussi réels que des personnes en chair et en os. Mais cela n'a rien d'étonnant dans la mesure où, dans notre cerveau, les personnes vivantes sont des personnages.  (p. 163) 


Les gens qui se croient dans le réel sont les plus ignorants, et cette ignorance est potentiellement meurtrière. (p. 29) 

Nancy Huston
Actes Sud/Leméac