mercredi 19 septembre 2018

Dictionnaire égoïste de la littérature, de Charles Dantzig


Un livre magnifique m'accompagne depuis plusieurs années. Ce livre, que je n'arrive pas à ranger dans ma bibliothèque, parce qu'il est malgré moi constamment déposé non loin ou sur ma table de chevet, est le Dictionnaire égoïste de la littérature de Charles Dantzig, un massif livresque et encyclopédique publié en 2005 chez Grasset,  lauréat du Prix Décembre, et  offert ces dernières années chez le Livre de Poche. Véritable manne pour l'amoureux de littérature ou le livrophage, ce dictionnaire regorge d'extraits savoureux, j'en partage deux de suite. 

Nous ferions bien d'avoir un peu moins d'idées, et un peu plus de pensée. (in Idées)

La fiction a l'avantage de pouvoir nous faire rencontrer et observer des gens sans que nous ayons à les fréquenter. [...] La fiction, c'est de la confiance. Du lecteur envers l'auteur. Il admet le principe de départ que c'est inventé et ne demande qu'une chose : que, à l'intérieur de cette convention, l'auteur ne le trompe pas. (in Fiction)
    
N'est-ce pas beau. Et si juste. Ce ne sont que deux perles parmi des milliers. Ça doit bien faire une vingtaine d'années — depuis les Pensées de Pascal, lues par intermittence —  que je n'étais tombé sur un livre dont la grandeur et la lumière justifiaient une cadence régulière de lecture nocturne. Moi, allongé à l'horizontal, sans femme, sans vino (je ne bois pas d'alcool) et sans musique (la musique des phrases suffit), un livre à la main, stupéfié par ces pages tournées très lentement. Avec le Dictionnaire égoïste, je découvre un livre total, à la fois livre de poèmes, dictionnaire livresque, roman d'aventure, récit d'autofiction, ouvrage philosophique, sociologique, essai littéraire et plus. Avec ses 1150 pages, le Dictionnaire égoïste de la littérature englobe la chronique de tous les contes, de toutes les philosophies. Un livre si beau et si généreux qu'il vous arme de courage pour l'avenir. Grâce à lui, chaque soir ou presque, depuis cinq ans environ, je découvre de nouvelles vérités intérieures sur ma vocation de lecteur et d'écrivain. Ah! cher monsieur Dantzig, si vous saviez la joie que me procurent vos secrets et votre érudition partagés. 

S'il est une chose qui soit sûre, c'est que le Dictionnaire égoïste est un livre d'amour. Et si je n'ose pas lui coller l'attribut de bible, c'est qu'il n'a pas la prétention d'avoir une fonction définitive. En fait, le volume revendique une irrévérence gracieuse — toujours gracieuse l'irrévérence lorsqu'exprimée par le biais du génie. Plus encore, il s'y dégage, lentement, une tendresse, de même que des éléments de géométrie, de théâtre, de zoologie et de musique. Dantzig est épicurien érudit, sensible du détail, collectionneur d'anecdotes, scripteur d'impudeurs célestes de la littérature. De cette oeuvre magistrale, on en sort plein d'une solitude lumineuse, mais surtout rassuré de ce que les Lettres sont une chose créée et faite par l'homme, des gens comme vous et moi. 

Tremper son esprit dans les mots, les phrases, les chapitres des écrivains, c'est faire un pas de plus vers les instances d'épiphanie. Au fait, Dantzig est aussi poète. 

Je termine en partageant ces extraits: 

Une suite n'est pas nécessairement moins bonne qu'un original, mais il y a de fortes chances que ce soit le cas, car elle est moins fraîche pour l'auteur. (in Maistre, Xavier  
Quand on ne trouve pas de bonne formulation, c'est généralement que la chose n'est pas bonne à dire. (in Creative Writing)   
Si vous parlez d'une baleine, inutile de préciser qu'elle est grosse. C'est ce genre d'exagération qui rend Moby Dick si souvent grotesque. (idem) 
 Je n'aime pas plus les bibliothèques publiques que je n'aime qu'on me prête des livres. Un livre, c'est à soi, non par instinct de possession, mais parce que nous y découvrons un morceau de nous-mêmes. (in Bibliothèques)  
Un écrivain n'aime pas plus les mots qu'un menuisier les clous. Un mot est un objet dont il se sert pour créer un autre objet nommé phrase, laquelle donnera son utilité, au mot; un mot inusité n'a pas d'utilité. [...] Les mots sont faits pour cacher la pensée. (in Mots)

Dictionnaire égoïste de la littérature
Charles Dantzig
1147 pages
Ed. Le Livre de Poche


   




 


 





mardi 28 août 2018

Quiz Auto — La balle est lancée

Mathias et Houda ont cordialement accepté de poser pour les besoins du lancement




















Journée magnifique au lancement de Quiz Auto. Ça 
se passait chez moi, samedi le 25 août, entouré d’amis et de membres de ma famille. Autour de conversations, nous étions accompagnés de nourriture, d'un peu d'alcool et de beaucoup de musique. 

Au total, une quarantaine de personnes étaient présentes, l'affluence atteignant son apex vers 19 h. Le premier arrivé était mon ami Denis, ancien colocataire de l’époque Sainte-Thérèse, suivi d'une déferlante d'amis anciens et nouveaux.

Pour un lancement de livre réussi sur toute la ligne, il faut que le lieu (lire : l'auteur) soit inondé d'amour. D'ailleurs, je me demande si les vétérans auteurs éprouvent encore, au lancement de leur vingtième ou trentième publication, le même trac, la même fièvre qu'à leurs débuts. 

« S'il y a une chose qui élève l'âme, c'est bien
d'avoir un ami. » (Richard Wagner)
Tandis que la météo faisait la belle, je remarquais ici et là quelques personnes qui avaient les yeux rivés dans mon livre, tournant soigneusement les pages, le nez dedans, une, parfois deux minutes. Chaque fois, je m'abstenais de fixer mon regard sur eux. Conscient de ma conduite impudente — il ne faut jamais perturber l'intimité du lecteur —, je comprenais alors que mon livre ne m'appartenait plus. 

Entre les branches, mon amie Sandra, son copain et leurs quatre garçons étaient de la partie. Cela me remplissait de bonheur de les voir, parce qu’une fête sans enfants finit toujours par être quelque chose de barbare. Pour eux, au piano je piochais ma joie de feu; la joie de retrouvailles insoupçonnées avec la volonté d'être plus honnête en ce monde, ou la réconciliation avec un nouveau vouloir, celui-là plus souverain, plus courageux que les précédents. 


Les survivants de la soirée

En fin de soirée, une amie m'a pris en photo alors que je dédicaçais un exemplaire de mon livre. Cette photo, en l'apercevant, m'a fait réfléchir en ce que nous sommes tous, à un moment de notre vie, une sorte de personnage menant une vie parallèle, inédite, plus sacrée, plus indolente peut-être que toutes les autres. Cela, on le saura plus nettement au dernier tour de piste (ou pas).   


Une joie à souligner, l'arrivée de ma grande soeur Sally, elle qui est toujours prête à s'arroger le droit de tisser les liens qu'il faut, parce que son intelligence sociale et son amabilité l'y poussent naturellement. 


En dernier lieu, mon neveu Ricardo et sa future épouse Sly (ils seront mariés dans quelques semaines) m'ont aidé à démarrer le projet de lancement-bénéfice. Pour cela, je leur suis très reconnaissant. 

vendredi 10 août 2018

Quiz Auto est en librairie!


Depuis mercredi le 8 août, mon premier livre, Quiz Auto, est en librairie. Pour être totalement honnête, je capote, et c'est très bien comme ça! Mercredi soir, des amis sont venus chez moi, à l'impromptu ou presque, histoire de célébrer ce jour fatidique. En leur compagnie, je n'ai eu d'autre choix que de m'assoir au piano et de chanter! 



Plusieurs connaissances et amis m'ont fait signe sur Facebook. Ils ont remarqué Quiz Auto bien en vue sur les présentoirs, notamment à la Maison de la Presse de l'aéroport. En outre, on m'a informé que Quiz Auto est également en vente dans les pharmacies Jean Coutu! On trouve de tout... 



Toujours hier, ma grande soeur, Jeannette de son prénom, littéralement ma deuxième mère, m'annonce au téléphone qu'elle a acheté mon livre à la librairie Carcajou (qui, paraît-il, en a commandé 25 exemplaires). C'est un beau chiffre, 25. Fébrile, elle m'intime : « Claudio, en sortant de la librairie, j'étais très émue. » Ce n'est qu'à ce moment que j'ai réalisé que la publication d'un livre n'est pas un mince accomplissement. C'est que l'auteur, lui, n'a pas le don d'ubiquité, c'est-à-dire qu'il ne peut être à la fois artisan et spectateur de son projet. Au téléphone, ma soeur, en témoin doucereux, m'amenait à reconnaitre l'apogée fragile et merveilleuse que représente la publication d'un livre. Toute naissance est une célébration, tout amour partagé une messe en puissance.



Enfin, je suis très reconnaissant de travailler avec un éditeur dont le professionnalisme et la bienveillance dépassent largement mes attentes. Par son soutien et sa réactivité, le Groupe Modus me confirme ni plus ni moins qu'un éditeur compétent est à son auteur ce qu'un parent excellent est à son enfant : essentiel à son développement. 



Merci de tout coeur.



lundi 30 juillet 2018

Canicule corruptrice

Il me semble devoir réapprendre à lire. Parfois il me faut déchiffrer deux ou trois fois le même passage pour le comprendre. Depuis quelques semaines, mon abandon au texte est plus prudent, comme s'il représentait une menace à une certaine apathie. Si je ne m'inquiétais pas un tant soit peu, ce serait pire. 

En parallèle, je peine à terminer un livre. Je n'avais jamais connu cela auparavant, pas aussi fort en tous cas. C'est pénible, et pourtant la solution est simple : il suffit de lire le livre jusqu'au bout et voilà. Cependant, d'autres livres me toisent, exaltés, me suppliant de leur donner de mon silence. Je n'ai pas honte de ma faiblesse. 

La semaine de canicule qui a traversé la province au début juillet était l'une des pires choses que j'aie vécues depuis longtemps. Si bien que mes gestes et ma pensée tardent à reprendre leur cours normal. Depuis, les impondérables du quotidien me font violence plus que jamais, la compagnie de certains êtres aussi. L'instabilité est à la hausse, comme une inflation d'impatiences. 


Je crois que l’été ne me fait pas toujours du bien, il y a trop de chaleur, toute cette insistance ébranle le fond de la grotte séculaire où j'espérais trouver le silence et la paix. 

Demain est un autre jour, disait Scarlett. 

samedi 21 juillet 2018

Aimer qu'une seule personne

Si tu veux aimer toi en premier, tu préféreras probablement aimer une seule personne plutôt qu'aimer les autres dans la pleine abondance. Si l'humain que tu es peut s'accomplir en renonçant à être trop humain, alors tu pourras toute ta vie n’aimer qu’une seule personne. Car cette personne répondra à ton besoin d’amour, à ton besoin d’attention, à ton besoin de sécurité. Mais si tu aimes autrui dans la démesure de l'urgence, si tu l'espères comme la folie dans la création pure, si ton coeur est un volcan qui galvanise la montagne, alors il te sera impossible de n’aimer qu’une seule personne. Non pas qu'elle ne puisse répondre à ta soif immense, mais plutôt que tu seras malheureux si elle y répondait. Parce que tu sais depuis trop longtemps que l'amour est protéiforme, que l'amour sans liberté n'est rien. Et il se peut qu'avec le temps, tu réalises que la liberté coûte plus cher que l'amour. 

C'est après le spectacle que tout commence

21 juillet 2018 

On le sait, le bruit, les réseaux sociaux, les textos en marchant et les conversations sur la pluie sont l’ennemi de l'art et de la beauté. Chaque fois en sortant du théâtre ou de la salle de concert, ma plus grande appréhension est de croiser une connaissance qui me demandera : « Et puis, as-tu aimé ? » Très souvent, cette appréhension m’empêche de profiter de notre abondance culturelle à Montréal, préférant lire une pièce ou écouter de la musique dans ma chambre plutôt que d'aller en salle.   

Il y a quelques années, j’assistais, en compagnie de ma meilleure amie, à une représentation de la pièce Winterreise, inspirée du célèbre cycle de lieder de Schubert. Nous sortions de la salle, lorsque, au moment de récupérer nos manteaux, je l'entendais lancer un commentaire sur la disposition des vestiaires. Parce que la pièce m’avait bouleversé,  entendre ses mots me faisait violence. J'avais eu envie de lui dire : « J’ai besoin d’être seul, je vais aller écrire », mais craignant de la blesser, je me suis tu. Or, je n'aurais pas dû, parce que si on n’est pas un tant soit peu égoïste, alors on n’est personne. Alors que nous longions la rue Sainte-Catherine, je débitais, dans un désordre d'émotions et d'impressions diverses, tout ce que j'avais éprouvé durant la pièce. Comme toujours, mon amie m’écoutait très attentivement. Elle ignorait que mes phrases, semblables à une séance d’écriture automatique, figuraient le prolongement de l’expérience théâtrale, gardant toute conversation banale (sur les vestiaires, par exemple) d'endommager notre imprégnation métaphysique de la pièce. Ce soir-là, comme tant d’autres soirs, j'avais songé à ce qu’il serait préférable d’aller seul au théâtre, au concert ou au cinéma. En même temps, je reconnaissais la douceur de moments partagés avec une personne que l'on aime. Le mieux – pour moi, et peut-être pour vous – sera de préparer mon accompagnateur(trice) à l’éventualité d’une dérobation urgente post-spectacle.


Ce soir, avec une autre amie, j’ai écouté la chanson L’assassin assassiné de Julien Clerc. J'avais oublié combien cette chanson m'avait inspiré autrefois pour la composition de chansons voix et piano. Après l’audition (j’allais écrire « la prestation »), nous étions incapables de dire un mot. J’ai empoigné mon moleskine et écrit une phrase, que je lui ai montrée (sans pertinence pour le contenu de ce billet). Ce silence était une façon de remercier la musique de nous avoir pris momentanément sous son aile. Cela m’a fait penser à Marilyn Monroe, qui avait déclaré un jour qu’après l’amour le premier qui parle dit une bêtise. Après un long moment de silence, mon amie a soufflé un merci à peine audible, puis elle est partie. Je n’aurais pu espérer plus grande bénédiction que ce silence aux confins de la parole.

Aimer la musique est difficile parce qu'en l'aimant, on se risque au silence dont elle découle. Dans le silence on entend tout, et cela, parfois, effraie. 


dimanche 8 juillet 2018

Plus d'espace que de temps?


Hier, j'écrivais pendant quelques heures dans mon cahier moleskine. Qu’est-ce que cela m'a donné, rien sinon du temps et un espace rien qu’à moi. C’est pour ça qu'on écrit, je pense : pour s’affranchir d’un espace duquel on se sent étranger et joindre celui auquel on appartient, loin des hostilités.