jeudi 27 décembre 2018

Le droit de marcher seul

Il m’étonnera toujours de voir deux personnes marcher ensemble vers une destination qui les séparera. L'écrivain John Irving déclara un jour qu’après l’école il avait besoin de marcher seul jusqu’à la maison. En tous lieux, j’aime à préserver mon droit à la solitude, à la marche en solitaire au retour chez soi. 

L'historien Antoine de Baecque en parle en beauté, en clarté. 

La déambulation pédestre implique donc une écriture. On pense en marchant ; marcher fait penser puis, parfois, écrire, notamment sur... la marche. Ce cercle peut donner une structure, sa forme même à l'écriture, autant que son sujet, lui offrant un tempo, une texture, une direction.   
(in Une histoire de la marche, 2016, ed. Perrin)


George Sand racontait que les idées musicales venaient souvent à Chopin en marchant, s'empressait-il alors de regagner la maison et de s'assoir au piano. Il m'a toujours semblé que ses mazurkas évoquaient une promenade, seul ou en groupe.


À 18 ans, j'ai déniché mon permis de conduire et me suis acheté une voiture. Je prenais le volant chaque jour, sans exception, découvrant mon amour de la liberté, de l'autonomie tous azimuts. En outre, le mélomane en moi s'en réjouit, l'habitacle du véhicule figure potentiellement parmi les meilleures salles de concert au monde. 

À 28 ans, je débarquais à Montréal, me débarrassais de ma voiture. Ma première révélation était de marcher dans la ville, ma première épiphanie celle de regarder les gens, de leur parler directementL'âme gonflée de  marcher enfin à ma vitesse. 

La marche m'a révélé au rythme du monde, à la pensée.  

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