mercredi 14 février 2018

Hervé Guibert ou la mémoire aux lames tranchantes

Il n'y a pas d'espace qui sollicite mieux l'exigence du lecteur qu'un livre qui fendille le papier comme une fine lame de rasoir. C'est l'image qui se révèle quand je pense à Mes parents d'Hervé Guibert. Je partage un autre extrait, lequel, d'une certaine manière, me console du fait que je n'ai pas d'enfants. Au reste, rares sont les écrivains qui parviennent à exprimer avec une infinie délicatesse le mépris et le funeste, conséquence d'injustices familiales depuis longtemps échafaudées dans la conscience de l'écrivain français.


Dimanche après-midi : la voix de ma mère au téléphone est sans doute l’intrusion la plus irritante. Suzanne me raconte comment ma mère, de passage à Paris, désigne tel ou tel objet (le petit Bacchus de bronze par exemple) comme le désirant, après sa mort. Je dis d’abord à Suzanne « c’est sordide », et je lui dis mon vœu plus entier, mais qui n’a rien à voir avec la possession (?), d’habiter son appartement après sa mort. Puis je repense à ce que j’ai dit au sujet de ma mère, et je me reprends. C’est une femme si désemparée, la possession est son dernier recours. Je pense alors que je suis moi-même comme un capital, pour elle, et que les enfants plus généralement sont pour les parents un capital vital, qu’ils gèrent, et c’est étrange car je lis quelques jours plus tard, dans le Journal de Kafka, une remarque analogue.


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