jeudi 18 février 2016

Relire Proust

Ces trois dernières semaines, nouvelle prise de contact avec Proust, avec À l’ombre des jeunes filles en fleurs. C’est un assez gros livre, vous le savez, et comme j’ai fait voeu de lire cette année plus de livres que l’année dernière, après seulement quelques pages je considérais l'abandon, en ce que le temps que je lui consacrerais profiterait davantage à des livres que je n'ai pas encore lus. De grâce, le génie de Proust époustoufle encore. De quel chic irrésistible, de quel courage métaphysicien l'écrivain français nous assomme-t-il en des phrases toutes plus diaboliquement musicales les unes que les autres. Il y a une semaine environ, aux prises avec une petite crise de l'existence, j'espérais de la vie rien de moins qu'une mer abondante de lectures prêtes à me faire renaître. De grâce, après seulement une dizaine de pages, je retrouvais quelques repères essentiels. Je n'étais plus le loup perdu dans la forêt, mais un individu plus vertical, en pleine possession de ses moyens. Ces retrouvailles avec le moi me permettaient une prise de contact directe avec cette autre partie de moi qui, il y a une quinzaine d'années, faisait ses premiers pas dans La Recherche

Retour de réalités perdues dans le passé, où les maraudages anciens clamaient une déperdition certaine, le retour du massif proustien réitère l'évolution du lecteur que je suis. Plus aguerri, plus mûr, plus patient, il me semble que je réponde toujours vivement, gravement à la sensibilité  — souvent démesurée et par moments miraculeuse — dudit texte.   

Il est des romans qui, à l'instar d'un poème, prennent toute une vie à lire. À la Recherche du temps perdu est un de ceux-là


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