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mardi 27 février 2018

L'artiste est sans école

À l'Anticafé, Houda Bakas, animatrice des soirées poétiques A-mot-reux, a posé à la trentaine présente la question « Qu'est-ce qu'un artiste ». Quelques réponses ont suscité discussions, analyses, parfois même contestations animées. Quoi qu'il en soit, poètes amateurs ou accomplis, littérateurs impénitents et livrophages assumés  se sont joyeusement prêtés à l'exercice. J'en ai profité pour noircir quelque bout de papier, notant mes réflexions personnelles sur ce que c'est qu'un artiste. Les voici en guise de partage.  


L'artiste est sans concession
L'artiste est un amoureux de la vérité 
L'artiste est un amoureux de l'échec
Nietzsche écrivit : Un artiste ne tolère pas le réel
L'artiste est au-devant de son temps
L'artiste éprouve seul sa schizophrénie
L'artiste donne et reçoit simultanément 
Le but ultime de l'artiste ne serait-il pas, au final, de se connaître soi-même
Verlaine : L'art mes enfants, c'est d'être absolument soi-même
L'artiste véritable pourra à la limite se passer d'un média artistique
L'artiste est un instrument de l'art
L'artiste est sans école 

Le dimanche de 18 h à 20 h, dans le cadre d'un open mic, les soirées A-mot-reux convient les poètes à lire leurs textes ou ceux de leurs écrivains favoris.   

À noter que l'Anticafé près de la Place des Arts vient de déménager au 406 Notre Dame Est, dans le Vieux-Montréal. 

mercredi 14 février 2018

Hervé Guibert ou la mémoire aux lames tranchantes

Il n'y a pas d'espace qui sollicite mieux l'exigence du lecteur qu'un livre qui fendille le papier comme une fine lame de rasoir. C'est l'image qui se révèle quand je pense à Mes parents d'Hervé Guibert. Je partage un autre extrait, lequel, d'une certaine manière, me console du fait que je n'ai pas d'enfants. Au reste, rares sont les écrivains qui parviennent à exprimer avec une infinie délicatesse le mépris et le funeste, conséquence d'injustices familiales depuis longtemps échafaudées dans la conscience de l'écrivain français.


Dimanche après-midi : la voix de ma mère au téléphone est sans doute l’intrusion la plus irritante. Suzanne me raconte comment ma mère, de passage à Paris, désigne tel ou tel objet (le petit Bacchus de bronze par exemple) comme le désirant, après sa mort. Je dis d’abord à Suzanne « c’est sordide », et je lui dis mon vœu plus entier, mais qui n’a rien à voir avec la possession (?), d’habiter son appartement après sa mort. Puis je repense à ce que j’ai dit au sujet de ma mère, et je me reprends. C’est une femme si désemparée, la possession est son dernier recours. Je pense alors que je suis moi-même comme un capital, pour elle, et que les enfants plus généralement sont pour les parents un capital vital, qu’ils gèrent, et c’est étrange car je lis quelques jours plus tard, dans le Journal de Kafka, une remarque analogue.