Le 8 janvier 2026, à 3 h 15 le matin, ma mère, Antonia Carcenac, nous quittait. Elle avait 85 ans.
Le parti pris est-il inévitable? Oui, spécialement lorsqu'il s'agit de sa maman. Désolé si je perds mes gonds, mais je viens de perdre la femme la plus intelligente, la plus heureuse et la plus raffinée que j'ai connue. Cela fera bientôt trois mois, et je commence à peine à retrouver mes repères. Je ne vous cacherai pas que le choc est brutal, plus brutal que j'aurais imaginé.
Ma mère est née le 9 avril 1940, à Santiago, Chili, d'un père français et d'une mère chilienne. À 18 ans, elle fait la connaissance de mon père, son seul et unique amour. Ensemble ils ont six enfants.
Ma mère incarnait une sorte de pureté, son amour de la musique, de la nature et de Dieu le confirme. Naturellement élégante et racée, elle dansait, chantait, s'exprimait sans fard, toujours avec justesse. Elle portait en elle la confiance et l'humilité de ces personnes qui savent que tout est possible.
Très tôt, elle a compris l'essence de la vie : sa simplicité, son opacité, sa lumière. Elle aimait les gens, elle comprenait et respectait profondément la nature. Elle aimait Dieu.
La veille de son départ, alors que je me trouvais seul à ses côtés, je lui déclarais : « Tu es celle qui m'a initié à la musique, depuis le premier jour c'est pour toi que je joue du piano ». Émue, elle susurrait : « Oh! Mi Amor ». Si seulement vous aviez vu son sourire, véritable flambeau d'étoile, je ne l'oublierai jamais. Quelques instants plus tard elle s'endormait paisiblement. Ce furent là ses dernières paroles.
Quelques mots sur ma mère.
Sa plus grande fierté : sa famille.
Sa deuxième plus grande fierté : à la retraite, celle d'avoir travaillé comme bénévole dans les hôpitaux de Montréal. « Le plus bel « emploi » que j'ai occupé » s'enorgueillissait-elle.
Son plus grand regret : ne pas avoir poursuivi ses cours de piano après son mariage.
Ma mère était passionnée (euphémisme) de musique. La Danse hongroise no 5 de Brahms, entendue alors qu'elle avait cinq ans, fut la première pièce à éveiller cet amour. Elle aimait Schubert, notamment la Fantaisie en fa mineur pour piano à quatre mains, la musique populaire — Lucio Dalla, Raphael, Joan Manuel Serrat, Adamo et Jairo — et quelques succès de la période disco : I Will Survive (G. Gaynor) et Another Chacha (Santa Esmeralda).
Jean-Sébastien Bach écrivait « les êtres de musique ont une peau de moins que les autres ». Ma mère était de ceux-là.
Quelques jours avant son décès, elle récitait encore, de mémoire, des poèmes d'écrivains latinoaméricains.
Le rire de ma mère réveillait les morts. Un rire tendre et débordant, comme une authentique déclaration d'amour.
J'aime tendrement l'homme exceptionnel que fut mon père, mais, bien au-delà de la vérité biologique, je suis le fils de ma mère.
Ma mère connaissait passablement la musique classique, les grands écrivains, les poètes latinoaméricains. Son coeur était intelligent, il avait l'intelligence des fleurs.
Elle préférait les livres à la télévision, le silence au bruit, les êtres humains aux choses. Nous avions des conversations à perte de vue; chacune d'elles se terminait par ces mots : « Solo Dios lo quiere mas que yo » (Il n'y a que Dieu qui t'aime plus que moi)
Ma mère a changé la vie de bien des gens. Cela n'est pas surprenant, car elle savait réellement écouter. Ses mots, son regard, son énergie vous rassuraient instantanément. Femme d'une force sous-jacente extraordinaire, elle avait un sens inné du sacré, du respect de la vie, de l'amour tous azimuts.
Au milieu de la cinquantaine, après des années de turbulence, elle décida de quitter mon père. C'est alors qu'elle se consacra au dessin, à la peinture. Entre deux toiles, elle fabriquait des petites maisons en pâte autodurcissante. Elle avait un besoin viscéral d'agir vers la beauté.
Et je pourrais continuer comme ça pendant des heures, des années, des siècles...
Ah! Mamy, quelle GRANDE femme tu as été. Et quel grand honneur d'avoir été ton fils. Inolvidable Mamy xox
3 commentaires:
Mes sincères condoléances Claudio , elle est partie de ce monde mais pas de ton cœur 🫶 elle est vivante dans lui, Sa mission sur cette terre s'est accomplie, mais il nous a laissé un précieux enseignement et un trésor inestimable : toi. Tu es une personne merveilleuse, pleine d'humilité et d'empathie. Je t'embrasse fort 🫂
Claudio, dentro de lo que entiendo , hermoso homenaje para Antonia. Te mando un fuerte abrazo ssobrino.
Merci beaucoup! Mais qui êtes-vous?
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