jeudi 10 mai 2018

Contre le selfie

Les mots me manquent pour exprimer ma révulsion à l'endroit du selfie. L’envie soudaine de lancer une tendance : l’anonymat, l'occulte, le ni vu ni connu. Décentrés, nous craignons nos plus grands secrets, et tandis que chaque jour réitère notre peur du silence, nous vénérons le bruit. 

Laissez-moi vous parler de Peter, que je vois régulièrement au café. Peter est l'un des rares individus que je connaisse qui n'a pas son téléphone posé sur la table quand il s'assoit pour un brin de jasette. À l'opposé, l'année dernière et celle d'avant, mes anciens collègues et moi allions diner quelquefois dans un bon resto du Vieux-Montréal. Il me surprenait de voir chacun poser un, parfois deux téléphones sur la table. La prépondérance de ces appareils, leur saleté répugnante à proximité des couverts m'empêchaient d'apprécier pleinement mon repas. Quel gâchis, puisque chaque plat trahissait une nourriture préparée avec soin. 

Plaidoyer pour un affranchissement de nos appareils dans nos vies. La semaine dernière j'ai changé ma photo de profil Facebook. La raison ? Mon petit-neveu Eliott âgé de 6 mois apparaissant sur la photo a  deux ans maintenant. Afin d'éviter que mes amis soient informés du changement de photo, j'ai essayé avant sa mise en ligne de désactiver les notifications, hélas sans succès. Aussitôt publiée, j'ai reçu bon nombre de « J’aime » et même quelques « J’adore ». Cette attention m'a fait plaisir, si bien que le lendemain j'ai compté le nombre de « J’aime », examiné s'il était en augmentation par rapport à la veille. J'ai même vérifié le nom de ceux qui ont cliqué « J’adore ». Le suspense a duré quelques jours, après quoi je réalisais que tout ceci n'était qu'une incroyable perte de temps et d'énergie. 

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