samedi 28 janvier 2017

Fermeture d'HMV, la fin d'une épopée

Le 16 novembre 1995, on m'embauchait au magasin de disques HMV, à la succursale du Carrefour Laval. Mon poste : disquaire classique et jazz. C'était le moment pour moi de faire mes preuves en musique, mon premier amour. À mon premier quart de travail, Sophie et Gabriel m'accueillaient comme si j'étais depuis longtemps attendu. Bien que je sortais de huit années de service au sein de la multinationale du hamburger McDonald's, je connaissais passablement bien la musique, n'ayant cessé depuis l'enfance de me gaver de livres et d'encyclopédies sur les compositeurs et l'histoire du rock, et surtout d'auditions musicales répétées, achetant chaque semaine une quantité considérable (pour mon jeune âge et mes maigres finances) de vinyles et de disques compacts. À mon premier quart de travail, à peine avais-je rencontré mes collègues que Sophie, disquaire et spécialiste de musique électronique, m'invitait au spectacle de Marie Carmen, qui se tenait deux jours plus tard au Centre Pierre-Péladeau. J'acceptais sans ambages, et lorsque je lui demandais quel était le prix des billets, sa réponse m'étonnait comme si elle venait de m'annoncer la venue d'extra-terrestres : « C'est gratuit Claudio, ce sont des billets de faveur ! » C'est alors que je réalisais que ma vie changeait, que j'avais enfin trouvé ma place, en d'autres mots que la vie voulait bien de moi. Peu à peu, j'entrais dans le royaume délicieux des disques et de la musique, antre céleste du musicien-mélomane. Au bout de deux ou trois semaines, je consommais de la musique à satiété, allant de concerts en lancements d'albums, en passant par d'innombrables évènements mondains qui m'élevaient au rang de jet-setter accompli. Pour l'une des premières fois de ma vie, j'étais heureux.  

Hélas, cette belle aventure prenait fin plus tôt que prévu. Éric, mon patron, avait reconnu mon leadership, mon charisme rassembleur. C'est pourquoi il tenait absolument à ce que je gravisse les échelons de la compagnie. Comment lui dire que c'est exactement ce type de poste, le  poste de cadre, de gestionnaire, qui me révulse au plus haut point. Comment expliquer à celui qui m'avait embauché que je ne voulais plus faire partie d'une équipe de gestion. Incapable d'exprimer la répugnance que m'inspirait sa proposition, je feignais de m'y intéresser. Hélas, assez vite, mon corps commençait à m'envoyer des signes, lui qui éprouvait de plus en plus de difficultés à s'extraire du lit le matin.  En quelques semaines, j'accumulais quantité de retards. Puis un matin en semaine c'en était trop. Je n'en pouvais plus, le patron non plus, lui qui m'affectionnait sincèrement et qui n'aurait jamais osé me congédier — ce qui avait pour effet de décupler passablement mon sentiment de culpabilité. Après onze mois de travail, qui me paraissaient comme des années tant l'expérience au sein de cette belle équipe représentait un jalon pour moi, je quittais contre gré HMV. D'une part libéré, d'une autre plombé par l'impression douloureuse d'avoir laissé tomber mes collègues. 

Une chose est certaine, HMV m'a donné des ailes, ou plutôt m'a donné celles qu'on m'avait enlevées. Je n'ai jamais regretté d'avoir quitté, bien que j'ai longtemps déploré les circonstances de mon départ. 

J'ai été disquaire au moment où la profession connaissait son apogée. C'était l'époque où YouTube, Deezer et Wikipédia n'étaient encore qu'au stade d'imagination. Chaque jour ou presque, il fallait deviner la mélodie fredonnée par un client qui chantait faux, ou honorer la demande d'une quarantenaire blonde platine à la recherche d'une chanson dont le refrain commençait par love. Nous avons beaucoup ri, je l'affirme sans nostalgie, ou presque. 

Aujourd'hui, HMV tire sa révérence, et moi je lui dis Merci que nous chemins se soient croisés ! 

Cliquez pour lire l'article du Soleil sur la fermeture de HMV. 

mercredi 25 janvier 2017

De la modulation — entre automobile et littérature

Ampli Marantz 2240b et table tournante PS-11, instruments de recueillement
Il se pourrait que je publie à l'avenir  des billets un peu plus personnels. Il se peut aussi je commente plus régulièrement tout ce qui se passe dans le monde de l'automobile. Vous êtes plusieurs à le savoir, j'aime les autos. Si bien que cette vieille passion est en train de devenir un métier. Du traducteur au rédacteur automobile, en passant par le musicien, il n'y a qu'un seul pas, soit la passion pour modus vivendi.  


BMW 635csi 1986 aperçue dans le Mile End (non, ce n'est pas la mienne, hélas!)
Je songe de plus en plus à créer une page  exclusivement pour l'automobile. Ainsi, mes lecteurs « littéraires » (lire  : mes lecteurs littéraires qui n'en ont rien à cirer de l'automobile) n'auront pas à essayer de déchiffrer l'argot mécanique et ses termes motoristes. La réciproque tient de même, ainsi l'amateur automobile pourra faire fi des articles qui commentent mon dernier coup de foudre littéraire ou musical. Au reste, j'ose croire que je ne suis pas le seul qu'attire les pôles quasi paroxystiques que sont la musique, la littérature, le cinéma et l'automobile. 

Enfin, sachez que je suis ouvert aux propositions de titres pour mon blogue automobile. Une excellente semaine!



lundi 23 janvier 2017

Nelly (le film), de Anne Emond

Hier, une amie et moi étions au cinéma Beaubien pour voir Nelly, le dernier film d’Anne Émond. Parce qu'il m'est permis, ici et ailleurs, d'être absolument honnête, je dirai que durant la première moitié du film, me vint à quelques reprises l'envie de quitter la salle. Parce que l'on connaît la destinée tragique de la romancière, il est normal qu'on s'attende à voir un film dense, grave, sombre. Or, mon attention était au comble lorsque je réalisais combien, d'un plan-caméra à l'autre, la magie tardait à venir. Ponctués de silences vides, de zoom in sirupeux et d'autres effets qui tergiversent entre le trop et le pas assez, les trente ou quarante premières minutes s'écoulent sans le moindre cantabile. Qui appuie trop fort ralentit la machine. Ainsi, ce que l'on eut dû reconnaitre comme un effet dramatique se traduisait en effusions larmoyantes, si bien que j'avais parfois  l'impression de regarder un téléfilm. Entretemps, les dialogues soporifiques empiraient passablement les choses. Je le dis sincèrement, la première mi-temps fut pénible pour moi.

Heureusement, la deuxième se veut nettement plus solide. C'est là que les dialogues et la direction d’acteur trouvent une certaine assise. L’équipe de tournage réchauffée, l’équilibre rythmique plus stable, la seconde moitié du film parvient enfin à montrer ce que l'on attendait, soit le désespoir et la détresse de Nelly Arcan. Nelly doit presque tout au travail de Mylène Mackay, qui incarne l'écrivaine avec sensibilité. À quelques reprises, la réalisatrice Anne Emond recourt au flashback pour évoquer l’enfance de l'écrivaine, où le rôle de Nelly enfant est interprété avec brio par Mylia Corbeil-Gauvreau. 

En outre, l’intégralité des scènes dans les bars, où la fumée, l’alcool et le sexe sont étalés de façon trop consistante pour traduire le désespoir qui les a inspirées, sont de mauvais goût. Elles auraient sûrement révulsé la romancière. Idem pour la rencontre du quatuor de prostituées, rencontre trop ringarde pour qu'on y croie. 


Après le film, mon amie et moi étions dans un bar à siroter un verre. Je ne pensais pas revenir au film, lorsque, entre deux gorgées, nous discourions d'une scène réussie entre toutes, celle où Nelly enfant se fait tirer au tarot.

Pour conclure, la meilleure façon de connaître la vie et l'oeuvre de Nelly Arcan, c'est de lire ses livres. 

Salon de l'auto de Montréal, édition 2017

Fiat 124 2017 (Photo : François Lacasse)
La semaine dernière, deux fois plutôt qu'une, je me suis arrêté au Salon de l'auto de Montréal. En effet, MSN Autos m'a donné le mandat de sélectionner les 20 plus belles voitures du Salon, mandat aussi plaisant que difficile, parce que, on s'en doute, le choix de véhicules est plus qu'abondant (que jamais?). En attendant la parution de l'article, soit d'ici les prochaines heures, voici quelques bolides sur quatre roues perpétués par le talent du photographe François Lacasse. 

Pour connaître mes impressions plus exhaustives du Salon, cliquez ici.

Le Salon de l'auto se déroule au Palais des congrès de Montréal, jusqu'au 29 janvier.  


Acura NSX 2017, supercar hybride nippon (Photo : François Lacasse)
Mercedes-Benz G550 Squared  (photo : François Lacasse)
Lexus LF-LC concept (Photo : François Lacasse)

jeudi 5 janvier 2017

Bilan de l'année 2016 en lecture

Alors voilà, un (bref) tableau de mes lectures de l'année.

Oona et Salinger  (F. Beigbeder)    Excellent -
À l’ombre des jeunes filles en fleurs  (Proust)  Exceptionnel
L’invention de la solitude  (Auster)      Très bon +
Immersion (Paul Nizon)  Excellent
Dans les années profondes    (Pierre Jean Jouve)   Très bon +
Les villes invisibles  (Calvino) Très bon
Le bonheur conjugal    (Tolstoï) Excellent -
Océan Mer    (Baricco)    Très bon
Le livre de sable  (Borges)   Excellent
W ou le souvenir d’enfance  (Perec)   Très bon
Mémoires d’une jeune fille rangée (Beauvoir)  Excellent  
Une chambre à soi     (V. Woolf)     Excellent +
Thérèse Raquin   (Zola)   Excellent -
Les souffrances du jeune Werthe    (Goethe)    Excellent
Vie secrète  (Pascal Quignard)    Exceptionnel
Un beau ténébreux   (Julien Gracq)   Excellent
Les injustices de la vertu  (Sade)   Bon +


Une maigre année de lecture - seulement 17 titres. Mes meilleurs coups de l’année sont À l’ombre des jeunes filles en fleurs (deuxième lecture, à quinze ans d'intervalle de la première) et surtout Vie secrète de Pascal Quignard. De ce livre, je pourrais extraire des dizaines et des dizaines de passages, où richesse magique, pureté et vérité (tous des pléonasmes, vous me pardonnerez) abondent magnifiquement. 

J'adore relire, et j'ai eu un immense plaisir à relire L'invention de la solitude, Océan Mer, et À l'ombre des jeunes filles en fleurs. 

Comment exprimer ma gratitude d’avoir pu lire cette années quelques classiques qui manquaient honteusement à ma culture, je pense à Werther de Goethe, aux Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, à Une chambre à soi de Woolf.

Non, ce n’est pas le temps de lire qui m’a manqué, mais une certaine disponibilité intellectuelle et spirituelle. En effet, l’année 2016 s’avéra plus musicale que les précédentes, avec le retour merveilleux du piano. Il y eut aussi quelques rencontres amicales qui m’ont dérobé de la solitude propre à la lecture.

Que l’année 2017 soit excitation puissante – pour ne pas dire permanente – folie merveilleuse, action et prise de décision plus que tergiversation et hésitation. 

P.-S. Merci à l'ami Raphaël de m'avoir fait découvrir l'excellent Julien Gracq.